Les entreprises françaises innovent-elles ?

Le CIGREF vient de publier son indice de l’innovation par les TIC, qui permet d’accéder à un panorama détaillé de l’innovation en France.

entreprises innovation franceQuelle définition pour l’innovation ?

Comme on pouvait s’y attendre, l’étude du CIGREF base sa définition de l’innovation sur celle du Manuel d’Oslo version 2004, qui distingue quatre types d’innovations : de produit, de procédé, de commercialisation et organisationnelle.

  • L’innovation de produit : l’introduction d’un bien ou d’un service nouveau. Cette définition inclut les améliorations sensibles des spécifications techniques, des composants et des matières, du logiciel intégré, de la convivialité ou autres caractéristiques fonctionnelles.
  • L’innovation de procédé : la mise en œuvre d’une méthode de production ou de distribution nouvelle ou sensiblement améliorée. Cette notion implique des changements significatifs dans les techniques, le matériel ou le logiciel.
  • L’innovation de commercialisation : la mise en œuvre d’une nouvelle méthode de commercialisation impliquant des changements significatifs de la conception ou du conditionnement, du placement, de la promotion ou de la tarification d’un produit ou service.
  • L’innovation organisationnelle : la mise en œuvre d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de la firme.

Quelle est la place de l’innovation européenne dans le monde ?

Avant de focaliser sur la cas de la France, l’étude s’intéresse à la place de l’Union Européenne des 27 dans le monde lorsque l’on compare sa capacité d’innovation avec celle des autres pays. Pour ce faire, elle se réfère au rapport Innovation Union Scoreboard 2011 (Commission européenne, 2011).

Innovation Europe et monde

D’après ce rapport, rappelle l’étude, « l’Union européenne des 27 se classe juste derrière la Corée du Sud et le Japon en matière de performance en innovation sur une période de 5 ans.« 

Les éléments pris en compte dans cette étude sont :

  • les ressources humaines (doctorats et éducation supérieure),
  • les centres de recherche et publications (copublications internationales, copublications public-privé, publications figurant au top 10 % des citations),
  • le soutien financier (budget en recherche et développement de l’État et des entreprises),
  • le capital intellectuel (brevets),
  • les investissements des entreprises (import-export de produits de haute technologie, de connaissances et de brevets).

Comment innovent les entreprises françaises ?

Au cours des douze derniers mois précédant l’enquête, pratiquement un quart des entreprises interrogées ont réalisé des « innovations majeures ».

Par innovation majeure, le CIGREF entend « un ensemble de changements apportés par l’entreprise ou l’organisation touchant ses produits et services, sa capacité de production ou ses procédés, ses méthodes ou approches de commercialisation, ou bien ses façons de faire en interne« .

Innovation Entreprises françaises

Si l’on prend en compte uniquement les innovations majeures,on peut établir le classement suivant :

  1. 30% des entreprises ont réalisé au cours des 12 derniers mois une innovation de produit majeure ;
  2. 23% ont réalisé une innovation organisationnelle majeure ;
  3. 23% ont réalisé une innovation de commercialisation majeure ;
  4. 19% ont réalisé une innovation de procédé majeure.

Si l’on prend en compte maintenant les innovations majeures et les modérées sous le terme unique d’innovation significative, on peut établir le classement suivant :

  1. 60% des entreprises françaises interrogées ont réalisé lors des 12 derniers mois une innovation de produit significative ;
  2. 55% ont réalisé une innovation de procédé significative ;
  3. 42% ont réalisé une innovation organisationnelle significative ;
  4. 40% ont réalisé une innovation de commercialisation significative.

Conclusion

Si la suite de l’étude montre que ces quatre types d’innovations sont fortement liés les uns aux autres, il reste qu’elle peut tout de même nous en apprendre sur la culture française de l’entreprise par sa pratique de l’innovation. Limitons-nous aux grandes lignes :

  • En France, les innovations significatives sont pratiquées avant tout à l’échelle du produit lui-même (innovation de produit) ou de sa façon de le produire (innovation de procédé). Cela signifie que nous sommes enclins culturellement à remettre en cause le produit et sa création pour les améliorer. La France reste un pays d’inventeurs.
  • Par contre, les innovations organisationnelles et de commercialisation, qui redéfinissent la place et le rôle de l’humain dans l’entreprise et/ou dans son rapport au client, sont nettement moins pratiquées.

Or, nous le savons, les dernières révolutions technologiques ont été portées par des hommes. L’innovation, c’est une invention qui est pratiquée. Et afin de l’être, pourrions-nous ajouter, elle doit être incarnée. C’est l’une des leçons d’Apple et de Steve Jobs, me semble-t-il.

Il faut donc intégrer désormais que l’efficacité de innovation ne peut reposer uniquement sur la performance d’un produit : plus le produit est innovant, plus il appelle à réorganiser autour de lui son environnement pour que ce dernier se mette au service de sa crédibilité.

Stéphane Ozil (100 Posts)

Co-fondateur d’Ozil Conseil, j'accompagne les structures professionnelles sur les médias sociaux. Directeur-conseil, conférencier et formateur, je publie régulièrement mes articles dans Le Cercle Les Echos ou Le Journal du Net. Je suis très attentif à l’actualité économique et aux problématiques d'innovation, particulièrement sur mon territoire d’implantation. Je suis docteur en langue et littérature françaises.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>